Quand on songe à la place qu’Alésia occupe dans notre imaginaire ; à la légende qui accompagne Vercingétorix : sa résistance à l’envahisseur puis sa glorieuse défaite en Bourgogne, nous imaginions que cette bataille avait constitué le sujet principal de nombreuses bandes dessinées. Sans être déçus, nous n’avons qu’un nombre d’albums limité mais aux qualités souvent remarquables et aux volontés pédagogiques affirmées.

Les auteurs d’Astérix ne se sont pas aventurés sur ce terrain puisque les aventures du petit Gaulois se situent après, La Gaule est occupée mais un village résiste… Ils ont évoqué Alésia dans le Bouclier Arverne sur le ton de la plaisanterie pour répondre ou plutôt pour jouer avec la fausse polémique sur l’emplacement de la bataille. Les nouveaux auteurs de la série ont évoqué La fille de Vercingétorix.

La série Vae Victis publiée par les Editions Soleil entre 1991 et 2006 dessinée par Jean Yves Mitton et scénarisée par Simon Rocca a tout de la grande saga. Prenante, bien racontée, Vae Victis met en scène une jeune esclave celte à Rome au moment de la Guerre des Gaules. Ambre n’a qu’une idée en tête faire la nique aux Romains et surtout les empêcher de conquérir le monde. L’entreprise est ambitieuse. La longueur de la série et les rebondissements de l’histoire conduisent la jeune femme à fréquenter les Romains le plus glorieux : César et Pompée. C’est ainsi qu’elle découvre le projet de conquête de la Gaule. Dans le dernier volume, Ambre à Alésia, elle se retrouve à la tête d’une petite armée gauloise qui se joint à celle de Vercingétorix. Malgré des rebondissements à foison, la série tient ses promesses aussi bien dans la tenue de l’intrigue que dans le respect des contraintes historiques. Le dessin, est un peu daté mais on s’y replonge avec délices tant le plaisir du dessinateur à croquer Gaulois, Romains et batailles sanglantes est patent. En 2017, l’intégrale de Vae Victis a été rééditée en 3 gros volumes.

Plébiscité par de nombreux chercheurs, Alésia, l’alliance brisée raconte le siège, la bataille et la vie dans les camps romains comme dans l’oppidum assiégé. Publié en 2011 par les éditions AssorHistoire, dessiné par Jean-Marie Michaud, scénarisé par Eriamel et Serge Mogère, cet album nous emporte par une immersion totale dans l’époque et l’évènement. Partant du texte de César, l’éclairant par les découvertes archéologiques et anthropologiques, les auteurs donnent une réelle leçon d’histoire. Le cahier historique est d’ailleurs rédigé par des spécialistes de haut vol et il apporte un éclairage intéressant en comparant des documents historiques et des cases de l’album pour montrer au lecteur comment l’histoire peut devenir bande dessinée. Petit bémol, le dessin, si il est historiquement parfait est souvent maladroit. Cet album est complété par un volume sur Gergovie. A noter que le même éditeur, a sorti en 2020, un nouvel opus sur le même thème Alésia : l’ultime espoir.

Impossible de passer à côté du volume Alésia de la série des Voyages d’Alix publiés par les éditions Casterman et dessinés par des continuateurs de l’œuvre originale. On est loin des chefs d’œuvres produit par Jacques Martin, le trait est plus figé, plus statique et l’histoire ne possède pas le souffle des meilleurs volumes d’Alix mais le but de la série est avant tout de faire découvrir aux jeunes lecteurs des grands monuments ou des lieux mythiques de l’Antiquité. C’est plutôt réussi.

Vercingétorix, raconté et dessiné par Jacques Martin lui même est d’une autre facture. Publié en 1985 par Casterman, cette aventure d’Alix est palpitante, passionnante. Venant à la suite d’une des meilleures histoires Les légions perdues, Vercingétorix est délirant. Le chef gaulois a été enlevé par Pompée qui veut priver César de son triomphe ? Il réussit à retourner Alix qui accepte de tremper dans la forfaiture. César se lance à la poursuite des fugitifs pour récupérer son trophée. Une cavalcade infernale commence…

Dernière recommandation, Vercingétorix co-publiée par les éditions Glénat/Fayard, scénarisée par Eric Adam, Didier Convard et Stéphane Bourdin, dessinée par Fred Vignaux. Le principe de cette collection, Ils ont fait l’histoire est d’associer des auteurs (scénaristes et dessinateurs) chevronnés avec des historiens spécialistes de la période. Ce Vercingétorix est un des meilleurs de toute la série. Historiquement irréprochable, il est aussi bien écrit. L’histoire et l’Histoire y font bon ménage. Le dessin est dynamique et plonge les lecteurs au cœur de l’action. Les personnages et surtout les visages sont convaincants ce qui n’est pas toujours le cas pour des albums cités plus haut.