Visites Alésia, rencontre avec L. Moignet>>>

Rencontre avec Ludovic Moignet, directeur de l'association LES AMBIANI

Les Ambiani (c) Yann Kervran - Les Ambiani






1 - Comment a débuté l'association des Ambiani créée en 1997 ? Quel a été l'élément déclencheur de cette aventure ?

En créant l'association des Ambiani, nous avons souhaité rétablir une vision sur les Gaulois et montré le véritable visage de ce peuple qui ne portait ni casques à cornes, ni peaux de bêtes! Il fallait dans cette perspective tenter d'ôter de l'esprit du grand public tout ce que le XIXème siècle avait généré comme mythe autour de cette civilisation. Nous avons constaté à maintes reprises que le grand public avait une vision erronée des Gaulois. Nous avons voulu nous baser sur l'archéologie alors que les archéologues n'avaient pas pour habitude de faire de la médiation grand public. Ce fut un défi pour nous de mettre le savoir archéologique à la disposition du plus grand nombre. Nous avons du gagner la confiance et le cautionnement des archéologues. J'ai donc abandonné mon métier de professeur d'éducation physique et sportive et suivi ma passion pour l'archéologie transmise par une enseignante d'histoire passionnée. Par ailleurs, dans le nord de la France, les vestiges chargés de la mémoire des Gaulois ne sont pas très visibles. En remettant en scène les Gaulois, dans un souci de sensibilisation des publics, nous voulons contribuer à la diffusion des connaissances sur ce peuple présent dans toute la Gaule romaine, y compris sur ces lieux où peu de vestiges ont survécu ou pas encore exhumés. Les Ambiani permettent ainsi - nous l'espérons - au plus grand nombre de comprendre cette période clé de notre histoire commune et de donner une image expurgée d'a priori et d'idées reçues.





2 - Que souhaitez-vous transmettre aux jeunes gens que vous formez mais aussi à ceux que vous rencontrez lors de vos reconstitutions ?

Avec l'association des Ambiani, nous espérons transmettre à tous l'héritage considérable de nos ancêtres : tout ce qu'ils ont inventé, fabriqué est encore présent parmi nous! Notre technologie n'existe que grâce à ceux qui l'ont fait avant nous.
Sans l'enseignement du passé, l'homme du XXIème siècle n'est rien et à cet égard, j'aime rappeler cette phrase d'Alexis de Tocqueville :  "Lorsque le passé n'éclaire plus l'avenir, l'esprit marche dans les ténèbres." Voilà l'essence de ce que nous souhaitons transmettre. Chacun doit se plonger dans les cultures passées, prendre des leçons des autres civilisations qui ont existé, se nourrir de leurs expériences pour mieux appréhender notre époque et avoir une vision à long terme. Nous refaisons constamment les mêmes erreurs : regardons derrière nous pour mieux comprendre l'avenir! N'a-t-on pas coutume de dire que l'histoire se répète ?
Pour terminer, une réflexion plus pragmatique, deux civilisations qui se rencontrent font naître des choses merveilleuses à l'instar de la civilisation gallo-romaine. Cette réflexion me paraît fondamentale dans notre société.





3 - Vous avez reconstitué des combats, des ateliers artisanaux dans de hauts lieux historiques comme Gergovie, Arles, Nîmes, Rome ? Que représente le site d'Alésia pour vous ? A-t-il une valeur symbolique ?


Alésia manquait à notre tableau de chasse ! (rires). Pour être plus sérieux, Alésia s'inscrit dans la continuité des hauts lieux que nous avons animés ces dernières années. Le siège d'Alésia symbolise officiellement la fin de la civilisation celtique. Présents en mai 2009 pour un week-end artisanat à Alésia, nous y avons travaillé, nous y avons mangé et dormi... Beaucoup d'éléments qui manquaient à notre compréhension du site et de son histoire nous sont apparus. Nous sommes très heureux de revenir à Alésia cette année pour d'autres animations et d'autres moments riches en découvertes.





4 - Quels savoir-faire souhaiteriez-vous reconstituer pour les faire découvrir au plus grand nombre ?


Plus que des savoir-faire, nous aimerions pouvoir reconstituer un mariage gaulois, une naissance et les rituels liés à ces événements heureux de la vie de nos ancêtres. Aujourd'hui, nos reconstitutions sont centrées sur trois éléments de la vie : travailler, se battre et mourir !
Nous sommes régulièrement confrontés à des problèmes techniques notamment dans nos reconstitutions de cavalerie gauloise. Les auteurs grecs et latins décrivent des comportements impossibles à reconstituer dans l'état actuel des découvertes archéologiques. Il nous manque des pièces dans l'harnachement des chevaux.
Par exemple, les archéologues disent qu'il n'y aurait jamais eu d'étrier métallique chez les Romains et chez les Gaulois. Entre les conclusions des archéologues et les nôtres, des questions restent sans réponse, la présence d'étriers souples (en cuir) nous semble évidente. Une douzaine d'archéologues est intégrée à l'équipe des Ambiani et apportent au quotidien son concours. L'archéologie et l'expérimentation ne cessent ainsi de s'enrichir !



Les Ambiani (c) Yann Kervran - Les Ambiani

5 - Vous êtes venus l'année dernière à Alésia pour un week-end dédié à l'artisanat. Cette année, parmi les nouveautés, vous expliquerez à tous ce qu'est la musique antique. Quels sont les instruments de musique de l'époque ? Le carnyx est l'emblème de la saison 2010 du site archéologique d'Alésia. Pourriez-vous nous en dire plus à propos de cet instrument de musique méconnu du grand public ?

Nous n'avons pas de données archéologiques encore assez complètes pour reconstituer la musique antique; ce sera plutôt une évocation. Un archéomusicologue dévoilera les recherches en cours et le rôle de ces instruments. La lyre et le carnyx, instruments gaulois, prenaient part dans les rites religieux. La musique est fondamentalement liée au sacré chez les Gaulois. Les bardes appartenaient à la classe sacerdotale. Les Gaulois en faisait aussi, comme chez les Romains, un usage militaire: le son du carnyx, trompe verticale, passait au-dessus du tumulte des guerriers. Il pouvait également servir à transmettre des ordres sur le champ de bataille. Nous possédons, en revanche, plus d'informations sur les instruments romains : la lyre gallo-romaine, les trompes (cornicem) et les percussions. Les trompes étaient utilisées lors des triomphes, des batailles.



Les Ambiani (c) Yann Kervran - Les Ambiani

6 - Y aura-t-il des reconstitutions de combats entre légionnaires romains et guerriers gaulois ? Quelles sont les différences majeures qui existent entre l'armée romaine et l'armée gauloise ?

Nos démonstrations reconstitueront les techniques connues par les archéologues et expérimentateurs. Chez les Celtes, le guerrier pendant les combats cherche à augmenter sa gloire. L'individualité du soldat gaulois est plus forte. Les techniques de combat chez les Romains sont marquées par la discipline et la cohésion du groupe sans recherche de gloire personnelle.
Au moment de la Guerre des Gaules, le soldat gaulois tend à ressembler au soldat romain. Rappelons que de nombreux guerriers gaulois combattaient dans les armées romaines.  Les Gaulois portaient des vêtements bariolés mais les Romains étaient loin d'être tous vêtus de la même manière...Jules César, lui-même, dans la Guerre des Gaules, a du mal à reconnaître les protagonistes sur le champ de bataille!



SEM Alésia - 25 bis, rue du Ronchon - 21150 Alise Sainte-Reine - 03 80 96 96 23 - Fax : 03 80 96 96 24 - Email : contact@alesia.com